Innovation Crunch Lab Belfort

Innovation Crunch Lab Belfort

Innovation Crunch Lab : 12000 m2 copropriété de la SEM Tandem et de l’Université de Technologie Belfort Montbéliard (UTBM) développés sur des friches historiques ; ouvert aux industriels, makers, chercheurs, pour concevoir et fabriquer ensemble.

Université, collectivités, SEM et industriels peuvent œuvrer de concert pour dynamiser le tissu industriel du territoire, faciliter les collaborations, la formation et l’openinnovation qui deviennent essentielles. Exemple parlant avec Belfort. La collectivité et ses partenaires ont d’ailleurs été accompagnés par Hank, spécialisé sur les grands projets d’innovation territoriale. 

« Une conjonction d’idées »… Le hasard semble tenir une place importante dans le projet Crunch selon ses instigateurs. Mais en réalité le territoire, qui connait une déprise industrielle depuis quelques années – les récents licenciements de General Electric en attestent encore dans l’actualité – aspire résolument à prendre le virage de l’industrie du futur par de la formation, des plateformes d’innovation et des services immobiliers. Cette volonté résulte en fait d’une prise de conscience, celle d’être un peu trop spécialisé sur l’automobile et de devoir réagir pour pérenniser le tissu industriel et les emplois locaux malgré les creux de vague.

Rapprochements avant labellisation

Désormais pour innover, les entreprises industrielles doivent réellement s’intégrer dans des réseaux d’acteurs économiques, universitaires, entrepreneuriaux. Les plateformes d’innovation, labos de recherche et centres de formation, deviennent clés. Le Nord Franche-Comté a donc saisi l’occasion de la récente labellisation Territoires d’Industrie ainsi que de l’appel à projets « Territoire d’innovation » en cours, synonyme de subventions. L’Etat cherche en effet à renforcer la dimension territoriale de sa politique industrielle, jusqu’alors principalement structurée par filières. Collectivités (Pays de Montbéliard, Grand Belfort), industriels (GE, Alstom, PSA, Faurecia, Orange, Lisi), université et recherche (UTBM), clusters locaux de TPE-PME (véhicule du futur, vallée de l’énergie) se sont accordés pour densifier un réseau d’OpenLabs permettant de passer de l’idée au prototype projet. Ces hubs qui concentrent tous les services nécessaires à l’innovation et permettent idéation, conception, prototypage avec retours utilisateurs, doivent aussi être poreux pour autoriser des rencontres improbables entre les acteurs. Le CrunchLab qui est l’OpenLab de l’UTBM, au cœur de Techn’hom – le parc urbain d’activités de Belfort – est l’acteur moteur et central de la démarche et entend bien tisser une toile entre tous les Labs privés comme le MatternLab de PSA, le Lab de Delgingen, Faurecia Lab…

Articulation Crunch, de l’idée au prototype puis au process industriel

L’UTBM, le Grand Belfort et la SEM Tandem conjuguent leurs efforts pour concrétiser cette dynamique et faire émerger le Crunch Building. Tandem a racheté ce bâtiment en briques dans les années 90. « Nous observions l’émergence des tiers lieux et les nouvelles manières de travailler, réfléchissions sur le parc et la possibilité de proposer des bâtiments plus typés qui gardent un certain héritage architectural… quand nous avons pris connaissance des cogitations de l’UTBM autour de l’innovation. Cela a été le déclencheur », retrace Isabelle Truchot, responsable du pôle marketing & développement de la SEM Tandem. L’UTBM cherchait à prolonger son OpenLab par des locaux pouvant accueillir les équipes projets. Il leur manquait des mètres carrés. « Les lieux totems de la French Tech nous ont influencés. Malgré la conjoncture industrielle en dents de scie, nous voulions donner des signaux positifs pour ce parc, poumon économique qui représente 14% de l’emploi salarié du Territoire de Belfort », précise Isabelle Truchot. La reconversion de cet ancien bâtiment DMC va donc comporter des espaces de travail partagés, des lieux de vie, de formation, d’évènementiel, un FabLab, des services d’accompagnement aux entrepreneurs et d’acculturation pour les particuliers, du scolaire au sénior… Les entreprises pourront ainsi monter des projets hors les murs en lien avec les étudiants, les universitaires et même le grand public. L’UTBM organise aussi le Crunch Time, un exercice pédagogique innovant pour ses étudiants adeptes du design thinking. « Ceux-ci doivent apporter des solutions de maquettage/prototypage à des problématiques justement suggérées par des entreprises de la région. Chaque année, 1 700 étudiants planchent sur 160 projets durant 5 jours. Moment de médiation scientifique, processus d’incubation, temps pédagogique qui a vocation à survenir plus souvent et à accueillir d’autres écoles », développe Olivier Lamotte, ingénieur de recherche UTBM, chef de projet innovation Crunch Time / Innovation Crunch Lab.

Oublier le côté juridique des échanges

L’appel à projets « Territoire d’innovation » a eu le mérite de mettre d’accord des acteurs qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble. Mais ce n’est qu’un début. « Des gens avancent, d’autres ne voient pas l’intérêt. La région doit réaliser un vrai diagnostic et connaître parfaitement le potentiel d’évolution de ses entreprises, puis ensuite seriner une vision globale d’avenir. Alors seulement l’ensemble des acteurs adhèrera à la dynamique. Si la stratégie n’est pas parfaitement définie, les initiatives seront dispersées. Car il faudra à un moment ou un autre échanger des données », avertit Matthieu Bernicot, responsable innovation chez Delfingen. Les contacts sont facilités par le numérique mais le lieu physique et symbolique apparaît comme déterminant pour intégrer des acteurs qui vont petit à petit se connecter. « Ce lieu doit permettre d’évoluer dans des bureaux où il est possible d’écrire sur les murs, où rien n’est fixe et tout est déplaçable, mais aussi de pouvoir expérimenter dans des ateliers. Un espace d’idéation où on ne sait pas ce qu’on va fabriquer ni comment », décrit Olivier Lamotte. Pour l’heure, le dossier est évidemment très bien accueilli par les collectivités locales et les investisseurs… « Les obstacles sont seulement d’ordre technique : l’université a un statut d’établissement public quand nous sommes une société d’économie mixte. Dans le cadre du financement du projet, nous devons monter des structures communes, ce qui n’est pas une mince affaire. Il reste à trouver la bonne structure juridique », précise Isabelle Truchot. Le fait que l’université soit à la manœuvre et aspire à fédérer tous les Labs du Nord Franche-Comté est une nouveauté qui va faire des émules. « C’est aussi une spécialisation des Labs qui se dessine. Nous sommes plutôt dans l’idéation, le Mattern lab dans les process, la Cinquième Dimension dans le social », énumère Olivier Lamotte. Tous ces tiers lieux et makerspaces ne sont pas concurrents et doivent petit à petit s’ouvrir. « Ceux qui restent en vase clos, attachés aux sociétés qui les ont portés, accueillent les mêmes personnes et deviennent à terme des bureaux d’études », met en garde Olivier Lamotte qui croit beaucoup aux rencontres improbables. Le Crunch est un lieu neutre et peut permettre ces collaborations entre des acteurs qui généralement ne perdent pas de vue le côté juridique des échanges. « Grâce à ce cadre universitaire, il est possible de sortir de la boucle entreprise – entreprise », reconnaît Matthieu Bernicot, responsable innovation chez Delfingen qui envoie des collaborateurs suivre des formations et peaufiner leur projet au Crunch Lab.